Découverte dans les carrières sous le Val-de-Grâce


Le 20 mai 2026 a eu lieu une découverte étonnante dans les carrières souterraines du Val-de-Grâce. En voici les premières observations.

Carte des hauteurs de galerie, la hauteur maximale est réglée sur 3m50 pour que la carte reste lisible, la hauteur du site est néanmoins de 6 mètres environ

En effet, à l’angle sud-ouest du cloître existait, selon les feuilles de l’atlas des carrières, un puits ainsi qu’une salle rectangulaire qui devaient être comblés. Or, cela rentrait en contradiction avec la feuille de l’atlas de Fourcy qui semblait montrer l’endroit vide de tout remblai et déjà inaccessible.

Gif représentant l'état entre l'atlas de Fourcy et l'atlas des carrières
Comparaison de l’atlas IGC et de celui de Fourcy

Le sondage des remblais qui résulte de cette contradiction aura mené à une découverte bien intrigante sur une structure qui ne semble pas avoir son pareil dans le Val-de-Grâce.

Un vide de plus de 6m

La sortie de cette chatière nous fait nous tenir en surplomb d’une fosse creusée dans la roche. Toute la salle visible sur l’atlas est en réalité un immense réservoir dont la structure peut être séparée en 2 parties :

Coupe longitudinale du lieu
Coupe du réservoir réalisé au lidar, nuage de point colorisé selon l’altitude des points.

La partie excavée dans la roche, sous le sol de la carrière, fait au minimum 2,60 mètres de profondeur. Le sol de marche actuel est en réalité un substrat noirâtre, ressemblant à de la terre organique. La forme des fissures formées dans cette terre ainsi que la rétractation au niveau des bords indiquent un asséchement du substrat à une époque assez ancienne pour qu’il ne reste pas de boue. Par ailleurs les vides résiduels sur les côtés laissent apparaître une continuité du creusement sur au minimum 1 mètre de profondeur en plus.

On repère aussi, sur les bords du réservoir, sur environ 50 cm un dépôt noir correspondant probablement au niveau maximal des boues. Celles-ci, une fois le puits désaffecté, se sont rétractées sous le double effet de l’absorption des eaux dans les couches plus perméables composant le sol de la fosse et de l’asséchement progressive du lieu.

Photographie d'un des rebords de la partie calcaire du réservoir
Un des bords de la fosse, on repère en bas le dépôt noir qui indique la hauteur maximale des boues.

La partie au-dessus du sol de la carrière est ceinte de murs en moellons de moyen appareil, hourdés à la chaux et d’une hauteur de 3,40 mètres environ. C’est dans cette partie que sont situées les deux ouvertures permettant de sortir du réservoir.

Photographie d'un des murs en moelons
Murs en moellons faisant le bord de la salle.

La première ouverture que nous avons déjà mentionnée est un passage voûté qui faisait à l’origine 2m20 de hauteur sous clef et qui est partiellement remblayée. Une hague avait été montée sur les 3/4 de la longueur du couloir et la partie permettant d’accéder au réseau de carrières du Val-de-Grâce était comblée. C’est par ici que nous pouvons accéder au réservoir.

Photographie de l'entrée de la salle.
Couloir d’accès à la salle.

La seconde ouverture fait toute la hauteur de la carrière et descendait, à priori, jusqu’au bas du réservoir. Elle mène à un puits de section ovale faisant 1,70 mètres au plus large et environ 1,40 mètres au plus étroit. Il est probable qu’il y ait une pente entre le bas du puits et le bas du réservoir.

Photrographie de l'accès au puits.
Couloir d’accès au puits.

Le haut du puits est voûté à son sommet et ne laisse apparaître qu’un étroit passage vers le nord, en direction du cloître du Val-de-Grâce. Par ailleurs, des traces noirâtres, indiquant une coulure continue, sont visibles sur cette partie du puits dont les pierres de parement ont aussi été attaquées par cette coulure.

Photographie du puits ovale.
Puits ovale voûté en son sommet. À droite le couloir d’accès au puits. À gauche, les traces noire de coulure le long de la chemise.

L’hypothèse actuelle : un puisard d’égout ?

Toute cette description nous fait nous poser la question de l’utilité de la structure. Si la combinaison d’un puits et d’un réservoir pourrait en premier lieu nous faire penser à un réservoir d’eau, le fait que le puits en question soit fermé en son sommet, qu’il ne semble pas y avoir de reprise de maçonnerie et que nous n’ayons pas d’eau au niveau du réservoir mais plutôt une terre organique avec beaucoup de déchets, dont beaucoup d’ossements, fait plutôt penser à un puisard d’égout qui aurait pu être aménagé avec le cloître dès la construction du Val-de-Grâce.

Un peu à la manière du grand puisard de Bicêtre, nous aurions alors un égout réceptionnant les eaux sales des cuisines et des latrines dans le couvent et qui viendrait les déverser dans un puisard gigantesque, creusé jusqu’aux couches perméables du calcaire grossier.

Dessin représentant un égout sommitale menant au puits et au puisard. Hypothèse.
Hypothèse de reconstitution.

Il en résulterait un amas de boue continuellement alimenté qui, lors de la désaffection de la structure, probablement à l’époque de Belgrand, aurait conduit à l’asséchement et à la rétractation des boues qui n’avaient pas été curées formant le substrat noir servant actuellement de sol au réservoir. Ce substrat est par ailleurs chargé en déchets et en petits ossements animaux. Les couches les plus proches ont laissé apparaître du mobilier archéologique libellé « Hôpitaux Militaires », indiquant des dépôts post-révolutionnaires.

En sus, cela expliquerait les traces de coulures noires sur une partie du puits seulement. C’est quelque chose que nous ne retrouvons pas dans les différents puits à eau du réseau. Il ne semble pas non plus y avoir de traces de systèmes de pompage ou de tuyau qui auraient pu expliquer l’étroiture en haut du puits.

Pour terminer, enfin, quelques objets contemporains ont tout de même été trouvés en bas du puits dans un cône de déchets plus récent. Il est à mettre en lien, très probablement, avec la destruction d’un bâtiment de jonction entre diverses constructions qui ont toutes été démolies depuis. Ce bâtiment de jonction était situé à l’aplomb du puits ovale. Par ailleurs, le haut du puits est aujourd’hui obstrué par des pierres probablement issues de ces destructions.

Topographie lidar sur feuille de l'atlas de l'IGC
Position réelle du puits sur la feuille de l’atlas des carrière. Le puits est situé SOUS le bâtiment et non à cheval avec le mur est. Ce bâtiment est détruit depuis.

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