Cette recherche fait suite à l’article sur Philibert Aspairt, et est reliée à un point précis concernant sa descendance. Nous avions alors vu que les tables de décès et successions1 restaient muettes concernant un éventuel ayant-droit de Philibert.
Et bien cela n’est peut-être pas tout à fait exact, et si ce qui n’est pour l’instant qu’une simple hypothèse s’avère réelle, alors il se pourrait que Philibert ait encore des descendants directs aujourd’hui…
Pourquoi une hypothèse et non une certitude ? Car l’orthographe des noms, très fluctuante à l’époque, ne permet pas de réaliser une corrélation exacte et qu’il n’existe, pour l’instant, aucun élément à notre connaissance permettant de confirmer définitivement cette possibilité, bien qu’elle ait aussi résisté à nos tentatives de la réfuter.
La fille de Philibert Aspairt
Philibert aurait donc eu au moins une fille en 1770. En effet, un acte de naissance2, reconstitué, nous apprend la naissance le 11 novembre 1770 de Thérèse, Joséphine SPAIRE, fille de Philibert SPAIRE et d’Elizabeth Milard (sic). Pour rappel, les vrais noms attendus seraient Philibert Asper et Elisabeth Millard.

En 1793, l’année de disparition de Philibert, Thérèse a encore 22 ans lorsqu’elle donne naissance à Victoire LAMOUREUX3, fille de Pierre LAMOUREUX dont nous reparlerons plus tard. Il faut alors noter que cet acte est un original et non un acte reconstitué et que le nom SPAIRE devient ESPERT. Un nom beaucoup plus proche du ASPERT attendu… Nous pourrons par la suite confirmer qu’il s’agit bien de la même personne et non d’une homonyme.
Dans la suite de cette naissance hors mariage, nous apprenons l’union de Thérèse SPAIRE (sic) avec un Monsieur Pierre LAMOUREUX le 12 octobre 17944. On remarque qu’il aura fallu un an après la naissance de Victoire pour que les époux se marient. Cet acte de mariage est reconstitué et nous n’avons pas pu mettre la main sur l’original, tout comme pour l’acte de naissance de Thérèse.
Cette union ne tiendra vraisemblablement pas car en 1797, Thérèse réalise une procédure de divorce en bénéficiant d’une loi révolutionnaire restée en place très peu de temps et donnant la possibilité aux deux parties d’initier la rupture du mariage pour « incompatibilité d’humeur ». Elle ne se retrouve donc pas bloquée avec un mari qu’elle n’aime vraisemblablement plus. Il faut noter que l’acte de divorce qui en résulte est important car il s’agit d’une copie conforme basée sur un original et non d’un acte reconstitué.5,6

Ce document nous indique que Thérèse Joséphine SPAIRE (sic), âgée de vingt-six ans et domiciliée à Paris, rue du Faubourg Saint-Jacques est la fille du défunt Philibert et de Elizabeth Milard (sic), sa veuve, domiciliée même demeure. Ce document fait donc le lien à la fois avec le mariage et l’acte de naissance de Thérèse prouvant qu’il ne s’agit à chaque fois bien que d’une seule et même personne, quelle qu’en soit l’orthographe employée. Puis il indique qu’à cette époque, Philibert est considéré comme mort ce qui est encore un élément participant à valider le lien familial entre les deux personnages.
Enfin un dernier acte, lui reconstitué, nous apprend le décès de Mme Thérèse Joséphine ESPERT (sic) en date du 20 septembre 18387. Elle était marchande, âgée de 69 ans, demeurait rue des Anglais n°21 et mariée à Pierre LAMOUREUX. Il faut alors noter que même divorcée depuis 41 ans une femme n’était jamais tranquille concernant son état-civil, bien que cette mention nous soit précieuse pour confirmer son identité.
Aspert/Aspairt/Spaire/Espert tant de glissements au fil du temps qui nous empêchent de prendre les orthographes pour acquises. Quels sont les éléments qui nous font pencher en faveur du lien filial entre Aspert et Espert ? Thérèse est la fille de Philibert et Élisabeth, elle est née dans une période cohérente avec la vie de Philibert et dans un secteur géographique logique. En 1797, sa mère est encore en vie alors que son père est considéré défunt. Ce sont pour l’instant les seuls éléments qui nous font pencher en cette faveur.
Néanmoins, il faut aussi noter qu’il a été impossible de réfuter ce lien. En effet il n’existe pas d’acte de naissance, mariage, divorce ou décès pour des Philibert Spaire ou Espert ni pour des Elizabeth Milard ou Mitard. On a bien une Elizabeth Milard âgée de 26 ans et qui fait un séjour de trois mois à la Force de la Salpétrière en 17748, sorte de maison de correction dans laquelle était envoyée les femmes condamnées, les prostituées ou simplement à la demande de leur mari pour cas d’adultère… Néanmoins nous n’en trouvons aucune autre trace par la suite.
La petite fille de Philibert Aspairt

Si nous continuons quelque peu la généalogie de Mme Espert/Spaire, il nous faut nous tourner vers Victoire LAMOUREUX née en 1793. C’est un acte de notoriété contenant un certain nombre de pièces originales qui va nous donner le plus d’informations9. Cet acte, qui servira pour le mariage de Mme LAMOUREUX vient nous apprendre qu’à la connaissance de différents témoins ayant connu Thérèse et Pierre, aucun des deux n’a contracté d’autres contrats de mariage ni n’a eu d’autres enfants jusqu’à leur mort. Enfin, que Victoire sait que ses aïeuls sont décédés mais ne connait ni le lieu ni l’époque de leur décès.
Victoire se marie donc le 9 octobre 1841 avec Louis, Joseph JONNAY mais il faut noter que les deux ont déjà eu trois enfants à cette date. Joseph JONNAY en 1818, Marie Joséphine JONNAY en 1820 et Marie Louise JONNAY en 1825. L’histoire ne dit pas pour quelle raison ils ont mis autant de temps avant de s’unir mais il faut constater que les trois enfants sont bien reconnus par le couple et notifiés dans leur acte de mariage10.
Marie Louise et Marie Joséphine auront aussi des enfants et leur généalogie pourrait se poursuivre jusqu’à aujourd’hui au moins pour Marie Louise mais cela n’apporterait rien de plus à notre étude.

Pour conclure, bien entendu des recherches sont encore nécessaires et ce dernier rebondissement est bien la preuve que de nouveaux éléments sont probablement encore cachés dans les archives. Que dire dès lors, si Philibert a eu une fille, du fait de l’avoir laissé enterré au bout d’une carrière si éloignée et difficile d’accès alors même qu’il avait été reconnu par Daubanel dès la découverte de son corps ? Cela rend cette question encore plus prégnante.
Nota
C’est bien l’arbre généalogique réalisé par M. Jean Luc MIARD11 et qui m’a été transmis par Cloporte qui est à l’initiative de cette étude complémentaire sur Philibert. Son arbre cite une seconde fille possible à Philibert : Michel(le) Victoire Espert, pour laquelle il n’a pas été possible de trouver suffisamment de pièces pour l’y inclure. La question reste entière.
Remerciements
- Cloporte qui m’a retransmis l’arbre généalogique de M. Miard
- Rafaela pour son aide sur la compilation de différents registres et actes d’état civil et d’Aphp
- Floxx pour ses recherches complémentaires en archive permettant de mettre la main sur des documents non reconstitués ainsi que pour son analyse des pièces existantes
Sources
- Archives de Paris, cote DQ8 87, page 5, table des décès et successions ↩︎
- Archives de Paris, cote 5Mi1 43, page 50, Acte de naissance de Thérèse Joséphine Spaire ↩︎
- Archives Nationales, cote MC/ET/XCVII/854, Acte de naissance de Victoire LAMOUREUX (original) ↩︎
- Archives de Paris, cote 5Mi1 2009, page 16, Acte de mariage de LAMOUREUX et SPAIRE ↩︎
- Archives Nationales, cote MC/ET/XCVII/854, Acte de Divorce de Thérèse Joséphine SPAIRE (original) ↩︎
- Archives de Paris, cote 5Mi1 2010, page 7, 8 et 9, Acte de Divorce reconstitué de Thérèse Joséphine SPAIRE ↩︎
- Archives de Paris, cote 5Mi1 1268, page 22, 23 et 24, Acte de Décès reconstitué de Thérèse Joséphine Espert ↩︎
- Archives de l’APHP, cote SLP/1/Q/2/74, page 89 du registre numérisé, registre des entrées et des sorties de la Salpétrière de juillet à décembre 1774 ↩︎
- Archives Nationales, cote MC/ET/XCVII/854, Acte de Notoriété de Pierre LAMOUREUX et Thérèse Joséphine ESPERT (original) ↩︎
- Archives de Paris, cote 5Mi1 2126, page 27, Acte de Mariage de Victoire LAMOUREUX et Louis Joseph JONNAY ↩︎
- Généanet, arbre généalogique établit par M. Jean Luc MIARD ↩︎
3 réponses à “Philibert Aspairt aurait eu une fille ?”
Cette découverte est encore un élément important révélé par la pertinence des pièces archivistiques mises au jour par le sérieux d’un chercheur. À mon avis il n’y a aucun doute à émettre, tant de similitudes dans les noms et les dates ne pouvant pas être le fruit d’une simple coïncidence. Et ce n’est pas la graphie différente de tous ces patronymes qui y changera quelque chose, tout comme je suppose que le Miard semble provenir de la déformation d’écriture de Millard/Milard (Elisabeth/Elizabeth).
Encore bravo à cette dream team, que dis-je, cette real team !
Bonjour petite coquille concernant la date de naissance de Marie Joséphine Jonnay, 1810 dans le texte et 1820 sur l’arbre généalogique
Bonjour, merci pour l’information, la bonne date était bien 1820. Cela a été corrigé dans l’article (de l’importance de bien pouvoir consulter les sources si l’auteur fait une erreur ahah).